Le suicide, un mal passé sous silence
Lundi 2 décembre 2002La marche silencieuse organisée samedi n’a mobilisé qu’une petite dizaine de personnes. Pourtant, un pas vers la sensibilisation du public a été franchi.
Gare d’Yverdon, samedi après-midi. C’est là que les responsables de l’association genevoise Stop Suicide se sont donné rendez-vous pour le départ de leur marche du silence. Il est 14 heures, un petit groupe s’affaire autour d’une banderole rouge sur laquelle on peut lire en énormes lettres: «Stop Suicide». Deux mots percutants, chargés d’attirer l’attention des badauds au même titre que les masques blancs portés par les organisateurs de la manifestation. «Nous sommes huit personnes âgées de 17 à 24 ans, accompagnées d’un adulte membre de notre association. Nous avons été confrontés au suicide d’un de nos camarades d’école. Cela nous a amenés à réagir», explique Aurélie Jaeckle, présidente de Stop Suicide.Questions et réflexionsL’ambiance est pesante et dans l’attente du départ, les premiers arrivés échangent leurs douloureuses expériences du suicide d’un jeune proche. Une dizaine de personnes seulement ont rejoint les organisateurs lorsque le petit groupe s’ébranle. Escortés par trois policiers, les manifestants silencieux déambulent en direction du centre-ville, tout en distribuant des brochures informatives. Dans les rues piétonnes bondées, les réactions divergent. Certains tendent la main pour recevoir le prospectus, d’autres continuent leur route, indifférents, ou se retournent, intrigués de voir ces jeunes bâillonnés par des masques.Des questions et des réflexions ressortent pourtant de la foule. Comme ce touriste américain qui demande quelle réponse l’association apporte au problème du suicide. Touché par les massacres dans les écoles aux USA, il trouve l’idée d’une marche intéressante pour faire naître l’espérance et le dialogue chez les jeunes. Tel est aussi l’avis de ces deux mamans qui pensent qu’on ne parle pas assez du suicide. Pour ces habitantes de Chavornay, le cas de Johann doit permettre de tirer la sonnette d’alarme, malgré que les raisons de son acte restent inconnues. «Même si la marche n’a pas été un mouvement rassembleur, de telles réactions sont déjà un premier pas vers notre objectif de sensibiliser la population», conclut Florian Irminger, secrétaire général de l’association. Ce qu’ils en pensentAurélie Jaeckle, 20 ans, présidente de Stop Suicide. «Cette marche est une action symbolique pour rebondir sur une actualité, comme le cas de Johann. Notre but est de montrer publiquement un mal de société et de toucher les gens. Nous voulons briser un tabou.»Camille, 56 ans, Genève, membre de Stop Suicide. «Je suis parente d’un enfant qui s’est pendu à 20 ans. Le pire, c’est qu’on a vu venir mais qu’on n’a rien pu faire! J’ai donc cherché des gens qui se mobilisent en dehors du monde médical. Il faut parler du suicide pour éviter cette dernière étape d’un profond mal-être.»Geneviève et Roger Falconnier, sexagénaires participant à la marche. «Nous sommes là par solidarité. Mais nous sommes extrêmement déçus du peu de monde présent! Nous sommes choqués qu’il n’y ait pas un municipal, ni un parent, ni un élève, ni un prof de l’école de Johann. S’il était mort, ils se seraient tous sentis concernés. Que faut-il encore faire pour que les gens bougent?
Article de Nathalie BALMAT paru dans 24 Heures du 2 décembre 2002