Archive pour septembre 2000

Après la première marche silencieuse

Samedi 9 septembre 2000

Genève, le 9 septembre 2000

On peut être satisfait, dans un sens, puisque plus de 200 personnes , au départ de la marche, ont démontré que le fléau qu’est le suicide chez les jeunes doit être combattu. Et que ce fléau, que cette maladie de la population, ne pourra être vaincu que si toutes et tous nous nous décidons à vaincre le silence qui entoure la question du suicide. Ce silence, présent lors de cette MARCHE SILENCIEUSE, doit être combattu grâce à un changement de philosophie de la population, grâce à changement de comportement des gens, grâce à un changement de politique vis-à-vis du problème que représente le suicide.
Toutefois, on doit se voir déçu du manque d’impact qu’a eu cette manifestation. Le manque d’impact au sein de la population même, due un manque de soutien de la part de tous les organes officiels. Le gouvernement n’était pas présent. Les journaux -principalement de la part des grands quotidiens- n’ont pas prêté une grande importance à cette action qui, logiquement, est bien moins médiatique que le défilé des mannequins d’Elite -qui a également eu lieu le 9 septembre-. Les associations de prévention n’ont pas pu se donner les moyens de nous soutenir suffisamment, afin de créer un plus grand impact dans la société. Les gens se sont sentis pénétrés dans leur intimité, vu que nous parlions d’une réalité qu’il vaut mieux ignorer. Il vaut mieux également pour le gouvernement ignorer certaines failles, aussi graves soient-elles.

Le tabou a-t-il été vaincu?
Une question à laquelle même les 200 participant-e-s ne peuvent répondre. Une question à laquelle ne peuvent répondre que les années à venir. Une grande question!
Le fléau que représente le suicide, soutenu par un silence accablant, a voulu être dénoncé, a voulu être montré. Les 200 participant-e-s en conviendront certainement! Mais les 200 participant-e-s tenaient également à faire part à la société qu’il est impossible de fermer les yeux devant ce qui arrive à notre jeunesse, qu’il impossible de continuer à ignorer que le suicide est la première cause de mortalité chez les 16-22 ans, qu’il impossible de continuer à croire qu’on ne peut pas lutter la contre.
Nous ne pouvons pas interdire le suicide, nous ne voulons pas interdire le suicide. Mais nous ne voulons plus voir de jeunes se suicider sans avoir parlé, sans savoir que ce sera la fin. Nous ne voulons plus voir de jeunes se suicider sans avoir parlé, par peur, croyant être
seul-e-s dans leur misère, n’osant parler de leur sentiment.
« Nous ne voulons plus voir sur les épaules des jeunes le silence que nous avons enduré durant cette MARCHE SILENCIEUSE ». Voilà, ce que voulaient les quelques participant-e-s.

La marche a-t-elle résonné?
La MARCHE SILENCIEUSE STOP SUICIDE n’a pas résonné autant que nous l’aurions souhaité.
Cela est certainement dû, comme décrit plus haut, à un manque médiatique et au fait que le gouvernement se soit entièrement désintéressé de cette action, malgré le fait que le Département de la santé doive, chaque trimestre, annoncer deux suicides dans la catégorie la plus jeune de la population « active », soit les 15-25 ans.
Mais le problème principal ne se limite pas au fait du manque d’intérêt de
certain-e-s, mais réside dans le fait que nous demandions au gens un moment de réflexion pour le futur. Un moment de respect envers les familles qui ont perdu des proches. Un moment de silence pesant, difficile à porter. Et une participation à la volonté de discussion, d’ouverture.
« Parlons du suicide jusqu’à ne plus avoir de souffle. Parlons du problème qui ravage notre jeunesse, afin de ne pas perdre nos descendants ». Voilà, ce que voulaient les quelques participant-e-s.

Que propose STOP SUICIDE?
La MARCHE SILENCIEUSE, du 9 septembre 2000, ne cherchait pas à être une marche commémorative, même si quelques larmes ont été lâchées, même si il était, dans ce silence assourdissant, impossible de ne pas penser à celles et ceux qui ne partagent plus leur temps avec nous, à celles et ceux qui ont décidé de nous laisser seul-e-s. La MARCHE SILENCIEUSE, du 9 septembre 2000, était une marche vers le futur.
C’est pourquoi STOP SUICIDE a des pensées précises en matière de bataille contre le suicide chez les jeunes.
Pour lutter contre le suicide il faut lutter contre le règne du silence qui l’entoure, car dans notre société de la perfection, le suicide est encore très mal vu, est encore vu comme une défaite, comme un aveu de la faiblesse. Pourtant tout cela est faux!
Pour lutter contre le suicide il faut aussi lutter contre un cercle vicieux. Car le tabou, autour de la question du suicide, entraîne le silence du gouvernement, soutenu par la plupart des grands médias, qui entraîne l’ignorance de la population, donc l’impossibilité d’une réelle information sur la question du suicide.
Le cercle vicieux continue, en aggravant la situation, chez les associations de prévention. Qui, à cause de la construction du tabou, n’ont pas les moyens, humains et financiers, pour ce montrer suffisamment, n’ont pas les moyens d’avoir des numéros gratuits.
Est-ce normal?
Mais le problème ne s’arrête pas là. Puisque personne, dans les organismes officiels, n’ose parler du suicide, personne, dans la population, n’ose en parler. Pourtant ce serait tellement plus simple que de pouvoir s’adresser en pleine confiance à ses parents, que de pouvoir, en pleine confiance, d’adresser à ses ami-e-s.
« Nous voulons que les jeunes puissent parler gratuitement à toutes les antennes d’écoute, nous voulons que les jeunes ne se sentent pas soumis à la volonté du silence ». Voilà, ce que voulaient les quelques participant-e-s.
200 personnes, dont un cinquantaine a quitté la marche en cours de route, ce sont regroupés autour d’un slogan universel: « STOP SUICIDE ».
200 personnes se sont regroupées, en silence, pour marcher dans les rues genevoises.
200 personnes dans les rues, pour démontrer qu’il faut maintenant agir contre ce fléau ravageur, pour montrer à toutes celles et ceux qui n’étaient pas présent-e-s qu’elles/ils avaient tort.

» marches silencieuses