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Mr. Suisse Romande : « Un seul jeune sauvé du pire, c’est une victoire »

Dimanche 20 janvier 2008

Récemment élu Mister Suisse romande, Olivier Marillier tenait à mettre sa médiatisation au service d’une bonne cause. Il a choisi de devenir le parrain de STOP SUICIDE, une association genevoise qui tente de prévenir le suicide chez les jeunes.

Elu Mister Suisse romande voilà un peu moins de deux mois, Olivier Marillier (31 ans) travaille depuis 1999 à l’Office des mineurs à Neuchâtel. Il s’y investit beaucoup. Des jeunes en difficulté, victimes d’un terrible mal-être, il en côtoie tous les jours. « Je ne suis pas moi-même assistant social, mais je les reçois, je les ai au téléphone, je vois leurs dossiers. » Il sait que ce mal-être, faute parfois de pouvoir être exprimé, peut conduire au pire : le suicide.
Idéaliste, Olivier n’a jamais considéré le rôle de Miss ou de Mister comme celui d’un simple mannequin. « Nous avons un message à délivrer. Dès le début, mon idée a été de mettre ma médiatisation au service d’une cause. Ç’a été mon désir profond, totalement partagé par Olivier Müller, le patron du concours Mister Suisse romande. »
Bouddhiste pratiquant, Olivier Marillier aurait pu se mettre au service du Tibet martyr. Des associations lui avaient aussi demandé, en tant qu’homosexuel, de participer à des campagnes contre les maladies sexuellement transmissibles qui font encore tant de ravages dans le milieu. Finalement, c’est vers le sujet qui lui est le plus cher, le malaise des jeunes, qu’il a décidé de se tourner. Dorénavant, et pour au moins une année, il servira d’ambassadeur à l’association STOP SUICIDE, qui, à Genève, tente de prévenir le suicide chez les jeunes.

Sentiment d’exclusion

« Leur démarche est celle qui correspond le mieux à mes aspirations. Et puis, ce sont des jeunes qui parlent aux jeunes. » Des quatre membres qui mènent les actions sur le terrain, la plus « vieille » est la présidente, Pauline Borsinger… 24 ans. « Le choix d’Olivier est un cadeau inespéré », se réjouit-elle.
On sait que le suicide fait encore plus de victimes chez les jeunes homosexuels. Malgré l’évolution des moeurs, des problèmes demeurent: difficultés de l’avouer aux parents, sentiment encore vivace d’exclusion. Mais c’est le problème dans son ensemble, qui touche tous les jeunes indépendamment de leurs orientations sexuelles, qui a motivé Olivier Marillier.
Aujourd’hui, en Suisse, le suicide reste la principale cause de mortalité chez les 18-24 ans avec les accidents de la route. Cent jeunes se donnent la mort chaque année, dix fois plus font des tentatives. Un sujet qui, malgré ces chiffres alarmants, reste pourtant trop tabou aux yeux d’Olivier.
« Pour certains jeunes, le courage consiste à aller au bout. Mais le vrai courage, c’est de parler de son mal-être autour de soi, à ses camarades, à sa famille. Un jeune doit pouvoir soulever le couvercle, s’extérioriser. Aujourd’hui, on place la barre trop haut, socialement. Certains n’osent par rentrer chez eux à cause de leurs mauvaises notes. Le mal de vivre peut devenir insupportable. Les tentatives de suicide, autant d’appels au secours, ne doivent pas être prises à légère. »

Actions de prévention

Des cas concrets, Olivier Marillier en a connu deux. « Un jeune qui en décide ainsi, c’est aussi une famille, des camarades détruits. A l’office, le plus beau des cadeaux c’est quand un jeune, en difficulté, revient des années après pour nous remercier. Un jeune, un seul, qu’on sauve du pire, c’est déjà une immense victoire. »
Des actions de prévention, STOP SUICIDE, qui existe depuis sept ans, en mène partout. Dans les associations de jeunes, dans les clubs de sport, dans les écoles, aussi. Des discussions sont organisées. Des informations concrètes sont données : où appeler, à qui s’adresser en cas de difficultés… Sans oublier un côté ludique, pour dédramatiser. « Dans les écoles, des troupes de théâtre de rue mettent en scène les préjugés sur le suicide. Nous avons aussi organisé un concours sur le thème des “cinq sens de la vie”. Nous avons déjà reçu 70 oeuvres, des peintures notamment, qui seront exposées en mai prochain », raconte Pauline Borsinger.

« Un monde hors norme »

L’association, elle y a adhéré suite au suicide de l’un de ses proches. « Il faut casser les tabous, sensibiliser. » Olivier Marillier participera aux actions aussi souvent qu’il le pourra. La présidente est enchantée. « Olivier est quelqu’un d’aujourd’hui qui parle aux jeunes. Il a un discours très instinctif. »
Séances photos, de dédicace, émissions de télé, Olivier Marillier mène une vie de fou depuis son élection, tout en continuant à travailler à plein-temps. « Je découvre un monde hors-norme. Je suis moins présent pour ma famille, mes amis, mais ils comprennent. » L’homosexualité qu’il a eu le courage de révéler dès son élection ? « Cela ne m’a valu que des félicitations, que des messages positifs. » Avec sa collaboration à STOP SUICIDE, son règne va prendre une autre dimension. « Je vais m’engager à fond ».

Article paru dans Le Matin dimanche du 20 janvier 2008, sous la plume de Bertrand Monnard