La Liberté - 23 février 2007
Le rôle des armes à feu a souvent été évoqué parmi les causes du nombre élevé de suicides en Suisse. Beaucoup plus rarement les ponts et surtout le cruel manque d’installations de sécurité. Hier, l’association ISPILON (Initiative pour la prévention du suicide en Suisse) a ainsi mis l’accent sur ce thème et présenté la première étude scientifique réalisée à ce propos.
Les chutes dans le vide représentent 10,9% des suicides, selon l’étude du Dr Thomas Reisch. Un taux qui pourrait diminuer grâce à des protections adéquates. « On protégerait ainsi surtout les jeunes, note Florian Irminger, coordinateur de l’Association STOP SUICIDE, car ils sont les plus prompts à commettre un acte impulsif. »
Affiches placées aux extrémités des ponts, cabine téléphonique avec le numéro 143 de la Main tendue, ou, mieux encore, une barrière d’au moins 180 cm et un filet: pour Florian Irminger, ces solutions sont simples, peu coûteuses et pourraient éviter des morts.
Malheureusement, la réalité est différente. Dans le canton de Fribourg par exemple, seul le pont du Gottéron a été équipé de barrières de sécurité… plus pour protéger les habitants vivant dessous que pour éviter les suicides.
Et il en va de même à Vevey, où c’est sur intervention des voisins du pont de Gilamont que la division des routes cantonales a mandaté un bureau d’architectes pour proposer des solutions. Elles vont du réhaussement des barrières à l’interdiction du pont aux piétons en passant par la construction d’une sorte de galerie qui serait réalisée sous la route, indique François Forel, chef de la Division des routes cantonales du canton de Vaud. « La première solution nous paraît la plus réaliste mais aucune décision n’a encore été prise », déclare-t-il, précisant qu’il s’agit là du seul projet en cours dans un canton qui dénombre près de 1000 ponts.
Pour l’ingénieur cantonal Claude Morzier, poser des grillages sur toutes les structures n’est pas raisonnable, partant du principe que la personne qui a l’intention de mettre fin à ses jours y parviendra. Dans un premier temps, le pont du Gottéron avait été doté d’une barrière de 1,3 mètre, peu dissuasive. Puis, un grillage complet a été posé, d’une hauteur de 2,4 mètres pour un coût de 80000 francs. Une structure similaire est d’ores et déjà prévue pour le futur pont de la Poya. Mais on n’envisage aucune nouvelle installation sur les ponts existants dans le canton de Fribourg.
A Lausanne, le pont Bessière a longtemps été un point noir sur la carte. Un premier réhaussement avec la pose d’un bandeau lumineux sur la balustrade avait eu peu d’influence. Mais le pont bénéficie depuis 2003 de nouveaux garde-corps de 1,55 mètre dont l’efficacité est prouvée. Pierre-Alain Matthey, chef du service des routes et de la mobilité à la Municipalité de Lausanne, note que l’installation de caméras pour surveiller le trafic contribue également à prévenir les suicides. « Auparavant, les agents arrivaient sur place trop tard car ils étaient informés une fois que la personne avait déjà enjambé la barrière. Maintenant, une patrouille peut intervenir dès qu’un comportement suspect est observé », explique-t-il.
À Lausanne toujours, le Grand-Pont aura bientôt de nouvelles barrières, un réaménagement suscité par le grave accident de voiture qui avait coûté la vie à trois femmes en juillet 2003. Quant au pont Chauderon, des marquises placées en contre-bas servent de protection.
Article paru dans La Liberté et Le Courrier du 23 février 2007 (d’autres informations y relatifs peuvent être trouvés dans les éditions du 23 février des deux quotidiens).
» sur la sécurisation des ponts