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Le bulletin épidémiologique hebdomadaire parle du suicide
23 janvier 2012

Le bulletin épidémiologique hebdomadaire du mois de décembre, publié par l’Institut de Veille Sanitaire, s’intéresse à l’état des lieux en France du suicide et des tentatives de suicide.


En voici l’éditorial de Jean-Louis TERRA, Professeur de psychiatrie, Université Claude Bernard Lyon 1, France

En France, presque 1 décès sur 50 est un suicide. Survenant dans des souffrances psychiques insoutenables où les troubles mentaux ont une influence majeure, le suicide est classé au sein de la mortalité évitable. Pour lutter contre ce fléau, le ministère de la Santé a annoncé le 10 septembre 2011 un nouveau plan de prévention.

Dans ce contexte, ce numéro du BEH est essentiel pour éclairer la situation française actuelle. Y sont rassemblées les dernières données épidémiologiques sur les pensées suicidaires, les tentatives de suicide (TS) et les décès par suicide. Chaque contribution est une pièce de plus au puzzle qui vise à mieux connaître cette catastrophe en miettes et quotidienne.

L’Inpes (F. Beck et coll.) nous apporte des données extrêmement détaillées en population générale avec les résultats du Baromètre santé de 2010, enquête de très grande envergure puisque plus de 27 000 personnes ont été interrogées. Deux chiffres parmi tant d’autres :

  • 3,9% de la population a eu des pensées de suicide durant l’année écoulée, avec un maximum dans la tranche d’âge 45-54 ans pour les deux sexes ;
  • 7,6% des femmes et 3,2% des hommes déclarent avoir déjà fait une tentative de suicide au cours de leur vie.

L’Institut de veille sanitaire propose une étude sur les TS à partir des données du Programme de médicalisation du système d’information (PMSI) des établissements de santé (C. Chan-Chee et coll.). Les auteurs ont su rendre intelligente une base considérable de données sur quatre années. Retenons que :

  • 65% des TS hospitalisées sont des femmes, avec une prédominance des intoxications médicamenteuses ;
  • et que, grâce au chaînage des données, le taux de ré hospitalisation pour le même motif était de 14% à un an, et de 23% à 4 ans. Une telle analyse montre le coût humain et social, avec 90 000 hospitalisations chaque année. C’est une invitation à la prévention des TS, et à des actions de suivi après TS.

Le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (Inserm CépiDc) apporte, une fois de plus, des informations sur la précision des données de mortalité par suicide et le risque de sous estimation, longtemps annoncée comme de l’ordre de 20% puis de 14%. Cette contribution, fondée sur les chiffres de 2006, indique une sous estimation de 11,5% pour les femmes et de 8,7% pour les hommes (A.Aouba et coll.). Un tel fait nous autorise à regarder avec plus d’acuité et de confiance le principal indicateur de réussite des actions de prévention du suicide.

La prévention du suicide en milieu professionnel a pris le devant de l’actualité récemment. Toute contribution dans ce domaine fait l’objet d’une attention particulière, bien que le travail soit un facteur de protection reconnu face au suicide. L’étude basée sur des informations recueillies par des médecins du travail en région Rhône Alpes dans le cadre du programme Samotrace (C. Cohidon et coll.) a mesuré l’urgence suicidaire au sens de la Conférence de consensus française de 2000 auprès d’un important échantillon. Les chiffres, élevés par comparaison avec le Baromètre santé, nous conduisent à poser la question de la sensibilité de la méthode utilisée et de sa pertinence pour apprécier le risque de suicide. En effet, le ratio « idéation suicidaire/suicide » est très variable selon le sexe et l’âge. Une telle approche se doit, en outre, d’éviter de stigmatiser des professions en examinant l’ensemble des facteurs de risque de suicide auxquels sont exposés les divers professionnels.

La prévention du suicide en prison est toujours un sujet sous la vigilance des médias, bien que représentant 1% des suicides en France. Il était important qu’un regard longitudinal sur plus de 60 années soit jeté sur son évolution pour mettre au jour les déterminants qui ont pu conduire à son augmentation malgré les efforts de prévention (G. Duthé et coll.). Il est peu de milieux où il est possible de disposer d’autant d’informations sur les personnes décédées par suicide, même s’il est toujours très difficile d’avoir accès aux informations sur les principaux facteurs de risque que sont les troubles mentaux.

Le bulletin est complété par une revue très documentée sur le risque suicidaire pour les minorités sexuelles (J M. Firdion et coll.). Il faut noter l’imprécision du mot « risque suicidaire » qui n’indique pas s’il s’agit du risque de crise suicidaire, de tentative de suicide ou de décès par suicide. Les auteurs montrent que l’homophobie, et non l’orientation sexuelle par elle même, est le principal facteur qui peut induire un surrisque de crise suicidaire et de TS. Les auteurs évoquent aussi les stratégies préventives, ce qui est une source d’espoir.

Au global, ce BEH apporte beaucoup à tous ceux qui militent et œuvrent pour la prévention du suicide. La richesse des données rassemblées donne un bon point de départ épidémiologique au nouveau plan français de prévention, avec l’ambition de passer enfin sous la barre des 10 000 décès annuels.


Pour lire le bulletin dans son ensemble et prendre connaissance des études en détails

Interview de Anne-Marie TRABICHET
12 octobre 2011

Anne-Marie TRABICHET, coordinatrice de STOP SUICIDE, a récemment participé à deux émissions de la radio suisse romande pour présenter au grand public les activités de notre association, en particulier notre dernière campagne du 10 septembre pour la journée mondiale de prévention du suicide.


Liens :

La dépression est-elle sur ou sous-diagnostiquée ?
18 novembre 2010

Un article paru dans le journal Le Temps ce jeudi 18 novembre amène une réflexion sur le diagnostic de la dépression lors d’une visite chez un médecin traitant suisse.

Premièrement, il est notifié que les Suisses romands seraient plus dépressifs que les Suisses allemands ; ceci serait dû au fait que les Romands se rendent plus souvent chez le docteur que les suisses-allemands.

Deuxièmement, il y aurait une tendance de la part des généralistes à sur-diagnostiquer la dépression légère pour être plus efficace et plus rapide dans leurs traitements de cas. En effet, il faut faire la différence entre “tristesse existentielle” et ” état dépressif”. A l’inverse, les médecins alémaniques tendent à sous-diagnostiquer la dépression chez leurs patients. C’est donc principalement la “manière de considérer et de nommer les choses” qui varie selon la région de Suisse plus que la sur ou sous-diagnostication de la dépression. De plus, le taux de suicides est plus élevé en Suisse alémanique qu’en Suisse romande.

Troisièmement, la différence hommes-femmes face à la dépression. Les femmes ont en effet tendance à être reconnues plus dépressives que les hommes alors que les hommes se suicident plus. Une explication à cela est qu’elles parlent tout simplement plus aisément de leur souffrance psychique que ces derniers ne le font que ce soit en Suisse romande ou alémanique. Cependant, cette différence se voit aussi avec le médecin traitant qui enverra plus souvent sa patiente chez le psychologue et son patient chez le cardiologue.

Voir le graphique de diagnostics de dépressions dans les cantons suisses

Lire l’article complet

Lire le bulletin de l’OFSP (Office Fédérale de la Santé Publique)

Lire l’article de Tages Anzeiger

Interview de Mélanie ARDITI sur RadioCité
2 novembre 2010

Dans le cadre de la campagne pour la Journée mondiale de prévention du suicide du 10 septembre, Mélanie ARDITI, responsable de l’organisation de cette campagne au sein de l’association STOP SUICIDE s’est exprimée sur Radio Cité Genève.

Pour écouter l’extrait de l’émission

STOP SUICIDE et les médias
15 octobre 2010
L’Association STOP SUICIDE accorde un intérêt tout particulier au suivi médiatique sur la problématique du suicide et sa prévention. Divers articles, notamment sur l’initiative populaire et le suicide par armes à feu sont donc archivés sur ce site internet. Voir les différentes rubriques.
STOP SUICIDE s’engage pour la prévention du suicide des jeunes dans la région romande. Combattant le tabou du suicide, elle met en place

des programmes destinés aux jeunes et au grand public, visant à les équiper pour faire face au suicide.