STOP SUICIDE intervient de différentes manières dans les écoles depuis sa création. Une expérience a donc été acquise.
La prévention du suicide à l’école est très discutée par les milieux de prévention du suicide. Dans le dossier « Quelle prévention en milieu scolaire » publié en mars 2007, STOP SUICIDE montre trois pistes qui peuvent être mises en place facilement et qui ont prouvé leur efficacité sur le terrain : la sensibilisation des enseignants, la sensibilisation du lieu de ressource et la postvention.
Sensibilisation des enseignants
Selon Éléonore LECHENNE, étudiante en psychologie à l’Université de Lausanne, qui a fait part à STOP SUICIDE de son point de vue quant à la sensibilisation des enseignants : « De nos jours – écrit-elle à STOP SUICIDE –, le rôle de l’enseignant-e est moins d’être un-e dispensateur-trice du savoir que l’organisateur-trice et l’animateur-trice de l’apprentissage. L’apprentissage englobe des sphères tant affective, que “développementale”, culturelle, sociale ou cognitive ; il est indispensable de mentionner que l’enseignant-e y tient un rôle non négligeable. »
Un large travail doit encore se faire sur la nécessaire sensibilisation des enseignants. D’abord, parce que leur rôle n’est pas de remplacer les assistantes sociales et assistants sociaux, les infirmières et infirmiers ou les psychologues de l’établissement. Il paraît néanmoins important qu’elles et ils soient suffisamment sensibilisés à la problématique du suicide des jeunes pour qu’elles et ils assument leur rôle de courroie entre les élèves et les lieux ressource qui existent. Ensuite, parce que cette sensibilisation doit aussi leur permettre, en tant qu’enseignants, d’accéder à de l’aide s’ils en ressentent le besoin particulier, notamment s’ils se trouvent confrontés à une tentative ou à un suicide abouti parmi leurs élèves.
Pour STOP SUICIDE, il apparaît essentiel que soit mené un vaste travail de sensibilisation des enseignantes et enseignants, par rapport à la problématique du suicide des jeunes.
Le rôle du lieu de ressource
Les établissements scolaires du canton de Genève, notamment postobligatoires, possèdent tous, soit une infirmerie, soit une assistance sociale, voire les deux. Ainsi, ces établissements sont pourvus d’un groupe santé composé de la personne en charge du lieu de ressource dans l’établissement, d’un membre de sa Direction et, occasionnellement, d’élèves. Ces groupes santé organisent annuellement des événements sur les problèmes de santé et participent ainsi à un important effort de promotion de la santé relativement à la mission du SSJ, selon la Charte d’Ottawa (pdf, 38 Ko).
L’existence de telles structures est salutaire et particulièrement appréciée par les élèves.
Néanmoins, il convient ici d’attirer l’attention sur le rôle particulier du lieu de ressource en matière de suicide. Bien qu’un tel travail n’ait jamais été effectué à Genève et que les chiffres en résultant ne peuvent donc y être généralisés, l’étude de Marie CHOQUET, Xavier POMMEREAU, Christophe LAGADIC et Karin COTTIN, Les élèves à l’infirmerie scolaire, est révélatrice.
L’étude conclut notamment que « la perception du risque suicidaire (par l’infirmière) dépend surtout du fait qu’elle aborde le thème du suicide durant l’entretien ». L’étude souligne que dans un tel entretien, il n’y a aucun danger d’incitation en parlant du suicide avec l’élève. L’étude soutient l’importance d’aborder le thème du suicide, afin de permettre à l’infirmier de mieux percevoir le risque ou au contraire de pouvoir l’éloigner sereinement.
Pour STOP SUICIDE, au vu de l’importance du lieu de ressource de chaque établissement, il est important que soient mises sur pied des « formations continues » pour les groupes santé sur la question du suicide, tel que ceci a déjà été fait par exemple au CEPTA.
L’importance des programmes de postvention
Dans une école, voici une phrase à éviter : « Votre camarade ne reviendra plus en classe..., on ne sait pas exactement ce qui est arrivé... Reprenons... » Mais combien de fois cette phrase est-elle entendue par des élèves qui demandent des informations, par des élèves qui veulent des réponses à toutes ces questions qui les oppressent, par des élèves qui veulent pouvoir en parler ? Souvent, on préfère cette réponse, due notamment à « [l’]inquiétude d’une direction [de l’école] qui, au-delà de l’émotion, craint pour sa réputation ».
Après un suicide, les risques d’imitation sont réels en matière de suicide chez les jeunes, à l’instar de l’« effet Werther ». « Car l’identification [...] au jeune qui s’est suicidé constitue un risque réel, de même qu’est potentiellement suicidogène la culpabilité d’un proche de ce jeune » selon Francine GRATTON.
Pour réussir à limiter les risques d’imitation, il est important de réussir à éviter le développement de réactions de panique et le développement de troubles émotifs persistants, en favorisant un retour aux activités quotidiennes.
Ce sont des buts qui, d’après Dolores Angela CASTELLI DRANSART, professeure et chercheuse à la Haute école fribourgeoise du travail social, peuvent être atteints par la postvention.
Aujourd’hui, dans les établissements, une gestion de crise est mise en place par le DIP. Or, il serait bénéfique qu’un « protocole de postvention » soit rédigé, de manière à donner une base écrite et transparente pour chaque établissement.
